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ELLE Québec - Canada - Février 2009 - Viggo Mortensen, libre charmeur

Source: ELLE Québec

Par Manon Chevalier

Photo: Carlos Alvarez/Getty Images
Plutôt réservé et jaloux de son intimité, Viggo Mortensen s'est pourtant ouvert sans détour sur sa vie d'homme, d'artiste et de père. En revanche, pas un mot sur sa vie amoureuse. Niet. «Je finis toujours par le regretter lorsque je parle de mes trucs personnels», a-t-il déjà confié en entrevue. Tout ce qu'on sait de lui, c'est qu'il a été marié pendant neuf ans à Exene Cervenka, chanteuse du groupe punk X, avec qui il a eu un fils, Henry, aujourd'hui âgé de 20 ans. Ajoutons une relation de courte durée avec Lola Schnabel, fille du peintre et cinéaste Julian Schnabel (Le scaphandre et le papillon), et le mystère demeure entier. Inutile d'insister.

Pour le reste, il était étonnant de naturel au bout du fil, alternant avec aisance entre le français et l'anglais, histoire d'exprimer plus rapidement sa pensée. Obsédé, de son propre aveu, par le besoin d'être attentif à tout ce que la vie a à offrir, il s'est entretenu avec moi pendant deux longues heures, comme s'il avait tout le temps du monde, en laissant tomber très vite le vouvoiement. Sa voix? Feutrée, soyeuse, de celles qui demandent une attention soutenue, scandée çà et là d'un rire sonore. Je l'avoue, j'ai fondu. Mon seul regret? Celui de ne pas l'avoir interviewé en personne (mais peut-être me suis-je épargné l'évanouissement).

En guise de consolation, Viggo m'a gentiment permis de mieux l'imaginer au téléphone: «Je suis étendu sur le canapé de ma chambre d'hôtel, qui est un fouillis total depuis mon arrivée. J'ai la manie d'ouvrir ma valise et de tout éparpiller sur le sol. Il y a donc des livres, des papiers et des fringues partout.» Et côté vestimentaire? «La clim est glaciale, alors je porte un pantalon de jogging et un chandail de hockey à manches longues de Kovalev», m'a révélé ce grand fan des Canadiens de Montréal. «Et puis, je suis pieds nus.» Une façon de lancer notre conversation de façon décontractée.

Le perfectionniste aux pieds nus

J'ai vu des tas de photos de vous pieds nus, même dans de grandes soirées hollywoodiennes. D'où vous vient cette manie d'envoyer balader vos chaussures?
C'est simple, lorsque je porte trop longtemps des souliers, j'ai mal au dos. J'ai besoin de vivre pieds nus, sinon c'est la torture.


Donc, même les héros souffrent de maux de dos?
Eh oui! C'est d'ailleurs ce qui m'est arrivé le matin où on enregistrait la scène de bagarre dans le sauna, dans Eastern Promises [NDLR: Viggo, flambant nu, y affrontait deux maffieux armés de couteaux]. Je me suis réveillé avec un mal de dos de la mort, tellement que j'étais incapable de sortir du lit. J'ai dû me bourrer d'analgésiques pour arriver à faire la scène. Heureusement que je la jouais pieds nus!


À part cette manie, avez-vous d'autres rituels sur un plateau? On vous dit perfectionniste, voire obsessif, dans la préparation de vos rôles...
Désolé, mais je ne peux pas faire autrement. (rires) D'autant plus que c'est une partie de mon travail qui me passionne. C'est viscéral, j'ai besoin de connaître et de maîtriser chaque facette de mes personnages. Dans Good( sortie en salle le 31 décembre 2008), par exemple, j'incarne un prof de littérature allemand séduit par l'idéologie nazie. Pour ça, j'ai eu besoin d'affronter certaines vérités afin de ne pas frôler la caricature. J'ai donc visité tous les camps de concentration polonais que j'ai trouvés – ils sont bien cachés –, mais ce n'était pas suffisant. J'ai alors poussé ma recherche du côté de l'Allemagne, en écoutant du Mahler à fond la caisse dans ma bagnole.

Sur une note plus légère, à quoi vous est-il impossible de résister?
Au chocolat... noir, de préférence.


C'est vrai que vous en offrez souvent sur les plateaux de tournage? J'ai lu notamment que vous aviez donné des truffes saupoudrées de bacon à Renée Zellweger, votre partenaire dans Appaloosa?
J'aime bien offrir de petits présents à mes collègues de plateau: des photos, des poèmes que j'ai écrits, des livres, comme ça, sans raison. Ça installe tout de suite un climat de camaraderie, de complicité.


Et vous, vous fait-on souvent des cadeaux?
Euh... pas très souvent, à vrai dire... Mais il y a un jour ou deux, alors que je signais des autographes sur le tapis rouge au Festival de Toronto, un fan m'a offert une rondelle de hockey signée par Jean Béliveau en 1974. C'était trop beau, ça m'a rendu mal à l'aise. Mais quand le mec m'a avoué qu'il n'était pas un grand admirateur des Canadiens, j'ai changé d'avis et j'ai pris sa rondelle. Et je ne le regrette pas!
(fou rire)


Appaloosa a beau être un western classique, avec des duels et des poursuites à cheval, c'est d'abord un film sur l'amitié masculine, non?
Totalement, et c'est d'ailleurs sa force. L'idée de montrer l'amitié et la loyauté entre hommes, sans complaisance, est touchante. Entre les deux justiciers, Cole et Hitch, existent une sorte de pudeur – propre aux hommes, j'imagine – et une confiance absolue. C'est une chose qu'Ed Harris, qui a réalisé le film en plus de jouer le rôle du marshal, a su traduire avec justesse. Ces deux hommes cavalent ensemble depuis 12 ans. Ils se respectent tout en étant très lucides l'un par rapport à l'autre. Pour moi, un ami, c'est ça: quelqu'un d'assez courageux pour nous dire la vérité, même si ce n'est pas toujours ce que nous voulons entendre.

Le genre de femme qui l'attire…

En quoi cette amitié est-elle bouleversée par l'irruption d'une intrigante, qui est interprétée par
Renée Zellweger?

Je ne te dirai sûrement pas comment! Mais disons que j'aime beaucoup le rôle de Renée. Elle interprète une femme complexe, manipulatrice peut-être, mais très émouvante lorsqu'elle avoue sa peur d'être seule. Elle se montre alors vulnérable et vraie.


Est-ce le genre de femme qui vous attire?
J'aime les femmes honnêtes, avec les autres et avec elles-mêmes. Et, si j'ai un peu de chance, avec moi! (rires)

Vous en avez rencontré?
(Long silence) C'est rare, des femmes honnêtes, tu sais...


Pourquoi dites-vous cela?
(Il s'esquive et me retourne la question.) Pourquoi, penses-tu?

Euh... Mon opinion, à moi?... Disons qu'il arrive que certaines femmes soient plus attachées à leur image qu'à leur véritable nature.
D'accord, mais il n'y a pas seulement les femmes qui sont prisonnières de leur image et qui n'osent pas exprimer ce qu'elles sont vraiment. Il en va de même pour les hommes. Ceux-ci sont parfois coincés dans leur idéal de masculinité et dans le rôle qu'ils s'imaginent devoir jouer en société ou dans l'intimité. Et puis il faut être prêt à courir des risques pour être en couple. Or, je crois qu'avoir le courage d'être soi-même est la chose la plus difficile du monde. La plus essentielle et la plus splendide, aussi.

Est-ce une des valeurs que vous tentez d'inculquer à votre fils, Henry?
Ouais, j'essaie. J'espère aussi lui avoir transmis le courage de poser des questions et de ne pas se satisfaire de réponses vides ou insignifiantes. J'ai une très belle relation avec mon fils. On est très proches. On voyage ensemble, on va au cinéma, on joue de la musique dès qu'on le peut. Il est allumé et il m'apprend des tas de choses sur la vie. [Henry, grand amateur de Tolkien, l'a convaincu d'accepter le rôle d'Aragorn, dans la trilogie du Seigneur des anneaux, même si cette aventure allait les séparer pendant plusieurs mois.] Ce soir, d'ailleurs, on va manger ensemble dans un petit resto de New York, comme des amis. Et j'en suis très fier.


À quoi tient ce lien si fort entre vous?
Je l'écoute et je ne le juge pas. Il sait aussi qu'il peut tout me dire et que je ne trahirai jamais ses confidences. Entre nous, ça vaut mieux, parce que mon fils, c'est du costaud: il me dépasse de trois pouces! [Viggo mesure 6 pieds]


Ça vous dirait de parler de votre passion pour les chevaux? [L'acteur est porte-parole de l'American Wild Horse Preservation Campaign, une association pour la sauvegarde des chevaux sauvages.] Que vous apportent-ils que vous ne trouvez pas ailleurs?
Hum, bonne question... Tu sais, les chevaux sentent tout: notre affection pour eux comme notre malaise ou notre peur. Il faut prendre le temps de les apprivoiser, de tisser un lien avec eux, sinon, c'est foutu. Savais-tu qu'il ne faut jamais regarder un cheval droit dans les yeux? Ça le terrorise! Il nous prend pour un prédateur; il se braque et devient impossible à monter. Il vaut mieux y aller en douceur. Durant le tournage d'Appaloosa, j'ai eu affaire à une bête particulièrement rebelle. Au moment de jouer une scène, j'ai demandé à son éleveur de me laisser seul avecelle , pour établir un lien de confiance. Ce n'était pas gagné d'avance, mais ma patience a porté ses fruits. Le cheval est devenu plus docile.


Murmurez-vous à l'oreille des chevaux?
Non, je suis simplement attentif à eux. C'est la même chose dans ma vie. Quand je peins un tableau ou que je prends des photos sur un plateau, je tente d'être présent à tout. La vie est si courte! Je me dis souvent: «Go slow to go fast», pour me souvenir de prendre mon temps afin de savourer le plus de choses possible.

Vous venez de participer au tournage de The Road, une fable postapocalyptique où un père et un fils tentent de survivre dans un monde réduit à la barbarie. Le fait d'avoir vous-même un garçon a-t-il influencé votre façon d'aborder le rôle?
Bien sûr! Ça m'a permis de le faire avec une compréhension intime des personnages. J'ai d'ailleurs eu l'occasion de discuter longuement au téléphone avec l'auteur du roman, Cormac McCarthy. On a parlé de son fils et du mien. De notre rôle de père aussi. Et plus on discutait, plus on s'apercevait que le garçon dont il est question dans l'oeuvre est un fils universel qui touche tous les pères.


Qu'est-ce qui vous a le plus ému dans le roman?
C'est le fait que le jeune enseigne des choses importantes à son père: la tolérance, la compassion. On apprend toujours de ses enfants, à condition d'être réceptif à ce qu'ils ont à nous dire...


En quoi croyez-vous le plus?
En tout. Je crois en tout! C'est ce qui rend ma vie compliquée, parfois! (rires)


La fin du roman de McCarthy est ouverte, elle nous renvoie à notre propre vision du monde. La vôtre est-elle optimiste ou pessimiste?
Optimiste, ça, c'est sûr. J'espère toujours que les choses vont s'arranger, que l'humanité gagnera... en humanité. Les conflits, les guerres, l'hypocrisie de ceux qui nous gouvernent... on ne peut pas en rester là. Il y aura, à coup sûr, un bouleversement, une métamorphose. Et la fin d'une chose, c'est toujours le début d'une autre, non?

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